Self made
Au début, une bouche de volcan vomit son trop plein. Des replis moelleux de lave entassent des contours et grumellent.
Monsieur Neandertal, à qui il manque l'osselet de la déblatération gratuite, ne dit rien mais n'en perd pas une miette. Il a vu s'écouler un lourd déhanché érotique et madame Neandertal à ses côtés, à qui on ne saurait reprocher un mot de travers voit se dresser un vit oblong… l'imagination court…L'émotion esthétique est née et la préoccupation qui va avec.
A deux cent mille ans de là, la même sensualité débordante de la forme aléatoire laisse Alexandre Barth rêveur dans son atelier.
Hier au soir sa bombe polyuréthane est tombée sur un clou. Alexandre, machinal et rangé l'a posée sur une étagère.
Dans le paisible abandon de l'atelier s'écoule une tendre matière et quand sa peau durcit, elle garde la fragilité figée mais palpitante de la nuit. Car il faut la nuit. La ferveur discrète de la lune, pour peupler les coulures replètes des bulles expansées du rêve.
Au matin elle sont là, les dégoulinades incertaines, les présences joufflues, les surprises enflées. Lisses. Neuves.
Alexandre n'y touche pas. C'est l'œil qui crée. C'est l'œil qui sculpte. Comme on invente Neptune ou la tête de cheval dans un coin de ciel nuageux.
Ne rien toucher. Sculpter. Soit : attendre la forme.
Ce matin, la forme est encore à l'infinitif. Elle peut tout révéler mais elle peut garder son mystère. Il faut la patience du jeune homme, son mug de café à la main, son regard ami relié à la nuit des temps pour que l'angle, la disposition et la lumière commencent à conjuguer les courbes. Et comme monsieur Neandertal, il tournera longtemps autour de la forme surgie. Sans un mot.
Luigi De Angelis








